Conteneurs à la mer. Une dérive inquiétante
Lu dans le Télégramme.
On se souvient des retentissants coups de gueule des précédents préfets maritimes contraints de déployer des moyens importants et onéreux (*) afin de récupérer ces conteneurs perdus en Manche et en Atlantique.
Pendant que les armateurs s’efforcent d’améliorer les systèmes d’accroche de ces boîtes transportées par bateaux, les autorités maritimes et terrestres essayent d’améliorer les conditions de récupération en mer. Deux objectifs à cela : sécuriser plus précisément les zones de dérive, ces obstacles présentant un danger pour les autres navires; réduire les zones de recherches afin de les récupérer plus rapidement.

Comment se comporte un conteneur à la mer ? À quelle vitesse dérive-t-il ? Une expérience vient d’être menée au large de Brest, cette semaine, à bord de l’Alcyon.
Sensible à 85% au courant Mais, au fait, un conteneur, ça flotte ou ça coule ? Les frigorifiques remplis de mousse sont étanches et restent entre deux eaux. Les autres finissent au fond, mais présentent un danger de croche pour les chalutiers.
Cette expérience menée à bord de l’Alcyon a permis de suivre pendant 24 h la progression d’un conteneur de 20 pieds largué à la sortie du goulet de Brest. Il a progressé de 10 milles, soit 18 km,
en une journée, à une vitesse d’un à 1,5 noeud. Les premières données ont montré que la boîte était mue à 85% par le courant, les vagues et le vent ayant une moindre incidence (15 %).
Explosion du trafic Il faut dire que la problématique des conteneurs ne fait que commencer. Plus de 80% des marchandises mondiales transitent aujourd’hui par la mer. Le trafic des conteneurs ne cesse de progresser et augmente chaque année de 10%. À cette explosion du trafic maritime, il faut ajouter l’impressionnante augmentation de la capacité et de la taille des navires concernés. En quelques années, on est passé de 2.000 à 12.000 boîtes transportées sur un seul navire, un bateau de 16.000 conteneurs étant en construction et plusieurs de 18.000 à l’étude.
Aggravante concentration Ces porte-conteneurs géants sont de plus en plus rapides, font rarement relâche pour s’abriter et affrontent à grande vitesse les mers les plus formées. Les phénomènes de roulis paramétrique (très violents sur des bateaux aussi hauts et aussi puissants) fatiguent d’autant plus des piles de conteneurs toujours plus impressionnantes. Ajoutez à cela une connaissance partielle de leur contenu et des poids déclarés régulièrement sousévalués…
La course à la productivité, les cadences portuaires, le personnel sous-qualifié n’améliorent, par ailleurs, en rien les conditions et la qualité de ces chargements.
Stéphane Jézéquel
* La facture pour les frais de recherche et de récupération d’un conteneur est envoyée à l’armateur (jusqu’à 20.000 €)
